Note à paraître dans l’Anthropologie
19/10/08 Catégorie : Infos
générales
Qui se souvient de Marthe (l 884-1963)
et Saint-Just (1881-1944) Péquart ? Ce couple de préhistoriens
semble aujourd'hui bien oublié. Après des années de silence, dû en
grande part à la fin dramatique de Saint-Just Péquart et au poids
des comptes de la Libération et de l'épuration, c'est de manière
opportune que la dynamique association Melvan a formé le projet de
consacrer une exposition et un numéro de sa Revue des deux îles à
ces deux préhistoriens lorrains qui, avant de se consacrer aux
préhistoriques de la grotte du Mas-d'Azil, se prirent de passion
pour les ancêtres des insulaires bretons de Houat et Hoedic et
leurs richesses archéologiques.
Effectivement, l'engagement tragique (incompréhensible selon leur fils Claude) des Péquart en faveur du régime de Vichy a eu pour conséquence de voir le nom de ce couple, qui avait pourtant voué avec passion dès 1912 sa vie à la préhistoire et à la protection du patrimoine archéologique, quasiment rayé du panthéon des préhistoriens français de l'entre-deux guerres. Pourtant, comme le souligne le professeur Denis Vialou dans sa préface, leur apport scientifique est indéniable, qu'il s'agisse des temps mésolithiques ou de la culture azilienne, car fait d'analyse et de descriptions rigoureuses.
Sur un plan méthodologique et particulièrement en ce qui concerne les fouilles (point non abordé dans cet ouvrage qui ne voulait pas prétendre à l'exhaustivité), rappelons que les Péquart furent parmi les premiers à tenter d'en conceptualiser la pratique, amorçant ainsi le processus de transfert du coeur de l'activité de l'objet pour l'objet à la phase de mise au jour (cf leur remarquable brochure Technique de fouilles préhistoriques, parue en 1928 dans la Revue des musées et collections archéologiques). Avec eux, commence à apparaître l'idée que la pièce en tant que telle, c'est-à-dire isolée de son contexte stratigraphique, perd de sa valeur. L'objet mis au jour n'est plus seulement patrimonial (une pièce de collection), il devient essentiellement scientifique et ne peut être étudié indépendamment de son contexte archéologique. Plus tard, Louis Méroc et André Leroi-Gourhan s'inscriront dans cette logique.
Ce Marthe et Saint-Just Péquart, archéologues des îles amène le lecteur à découvrir l'ampleur de l'aventure humaine et familiale (leurs enfants Hélène, Claude et Marc y furent d'ailleurs pleinement associés) que représentèrent ces années passées par les Péquart dans les îles de Houat et Hoedic. Les diverses contributions à ce dossier donnent parfaitement la mesure du travail scientifique accompli (y compris en le confrontant aux connaissances et découvertes actuelles). Elles permettent de constater la diversité de leurs centres d'intérêt (la part ethnologique y occupe une place importante), de mesurer l'isolement de ces chercheurs (en particulier institutionnel), ce qui eu pour conséquence de favoriser une dispersion des collections, mais aussi de partager l'émotion de leur fils Claude lorsqu'il évoque l'investissement total, voire sans mesure, de ses parents. Ce dernier point appelle une légère remarque : sans doute aurait-il été utile de publier, en complément au témoignage, une analyse offrant un regard extérieur portant sur l'engagement des Péquart.
Arnaud HUREL
N -, 2007 : « Marthe et Saint-Just Péquart, archéologues des îles. De Houat à Hoedic, 1923-1934 ». Avant propos de Henri Buttin, introduction de Denis Vialou. Hoedic, Association Melvan, La Revue des deux îles, n°4 285 p., fig. tabl., ill. N&B, réf bibl., notes bibl.
ISBN (13) 978 2 9520979 1 8
ISSN 1768-5834
Effectivement, l'engagement tragique (incompréhensible selon leur fils Claude) des Péquart en faveur du régime de Vichy a eu pour conséquence de voir le nom de ce couple, qui avait pourtant voué avec passion dès 1912 sa vie à la préhistoire et à la protection du patrimoine archéologique, quasiment rayé du panthéon des préhistoriens français de l'entre-deux guerres. Pourtant, comme le souligne le professeur Denis Vialou dans sa préface, leur apport scientifique est indéniable, qu'il s'agisse des temps mésolithiques ou de la culture azilienne, car fait d'analyse et de descriptions rigoureuses.
Sur un plan méthodologique et particulièrement en ce qui concerne les fouilles (point non abordé dans cet ouvrage qui ne voulait pas prétendre à l'exhaustivité), rappelons que les Péquart furent parmi les premiers à tenter d'en conceptualiser la pratique, amorçant ainsi le processus de transfert du coeur de l'activité de l'objet pour l'objet à la phase de mise au jour (cf leur remarquable brochure Technique de fouilles préhistoriques, parue en 1928 dans la Revue des musées et collections archéologiques). Avec eux, commence à apparaître l'idée que la pièce en tant que telle, c'est-à-dire isolée de son contexte stratigraphique, perd de sa valeur. L'objet mis au jour n'est plus seulement patrimonial (une pièce de collection), il devient essentiellement scientifique et ne peut être étudié indépendamment de son contexte archéologique. Plus tard, Louis Méroc et André Leroi-Gourhan s'inscriront dans cette logique.
Ce Marthe et Saint-Just Péquart, archéologues des îles amène le lecteur à découvrir l'ampleur de l'aventure humaine et familiale (leurs enfants Hélène, Claude et Marc y furent d'ailleurs pleinement associés) que représentèrent ces années passées par les Péquart dans les îles de Houat et Hoedic. Les diverses contributions à ce dossier donnent parfaitement la mesure du travail scientifique accompli (y compris en le confrontant aux connaissances et découvertes actuelles). Elles permettent de constater la diversité de leurs centres d'intérêt (la part ethnologique y occupe une place importante), de mesurer l'isolement de ces chercheurs (en particulier institutionnel), ce qui eu pour conséquence de favoriser une dispersion des collections, mais aussi de partager l'émotion de leur fils Claude lorsqu'il évoque l'investissement total, voire sans mesure, de ses parents. Ce dernier point appelle une légère remarque : sans doute aurait-il été utile de publier, en complément au témoignage, une analyse offrant un regard extérieur portant sur l'engagement des Péquart.
Arnaud HUREL
N -, 2007 : « Marthe et Saint-Just Péquart, archéologues des îles. De Houat à Hoedic, 1923-1934 ». Avant propos de Henri Buttin, introduction de Denis Vialou. Hoedic, Association Melvan, La Revue des deux îles, n°4 285 p., fig. tabl., ill. N&B, réf bibl., notes bibl.
ISBN (13) 978 2 9520979 1 8
ISSN 1768-5834
