15-oct-2004
Une « invasive » à Hoedic, Baccharis
halimifolia:
Derrière
ce nom barbare se cache en effet un des nouveaux fléaux
du monde moderne : les espèces envahissantes. Le Séneçon
en arbre ou Baccharis à feuilles d’arroche alias
Baccharis halimifolia (famille des Astéracées)
est un arbuste originaire d’Amérique du Nord. C’est
une espèce
robuste, très dynamique, à fort pouvoir colonisateur
grâce à des rejets et à des semences cotonneuses
produites en abondance et adaptées à la dissémination
par le vent (Aniotsbéhère, comm. pers.). Elle colonise
les friches agricoles ainsi que toute une gamme
de milieux naturels, en particulier dans
les zones humides o� il tol�re le sel (Sinnassamy, 2001).
Le Baccharis a �t� introduit en France
en 1683 pour ses qualit�s ornementales. Il s�est ensuite �chapp� des
jardins et s�est propag� dans le milieu naturel (AME et al.,
2003).
Aujourd�hui il est pr�sent sur toute la
fa�ade atlantique et une partie du littoral m�diterran�en o� il
colonise des marais ou des pr�s sal�s sur la totalit� de leur
surface au point d�en �liminer toutes les autres esp�ces de plantes
du paysage. Il g�n�re toute sorte de nuisances tel que l�augmentation
des risques d�incendie en raison de sa r�sine bon combustible.
Il prot�ge les g�tes larvaires à moustique dans les zones à risque.
Ou encore des cas d�empoisonnement mortel de b�tail lui ont �t� attribu�s.
Ainsi, il est class� nuisible en Australie (Sinnassamy, 2001).
Dans le Morbihan, certaines communes ont pris des arr�t�s pour
interdire sa plantation et se lancent dans des programmes d��radication
tr�s co�teux (Hardeguen, comm. pers.). A titre d�information, la
r�serve biologique de Pen en Toul sur Larmor-Baden dans le golfe
du Morbihan, g�r�e par l�association Bretagne Vivante à SEPNB,
s�attaque aux 8 ha de Baccharis depuis 2003 et d�pense par an environ
8 200 euros et passe 18 jours de travail.
A Hoedic, le Baccharis est probablement
apparu il y a environ 6-8 ans d�une mani�re que l�on ignore.
L�ampleur de la menace qu�il repr�sente pour l��le se mesure
aux nombreux plants que l�on pouvait encore observer jusqu�� fin
ao�t 2004 dans la prairie entre le fort et le village, au nord
du fort et dans la lande à l�est du fort au nord du Beudgel.
Mais le 1er septembre 2004, la totalit� des 34 petits plants
trouv�s dans la prairie devant le fort a �t� arrach�e par l�Association
pour la protection du fort et de son environnement. Les autres
plants autour du fort, de taille bien plus importante, formant
de v�ritables massifs et pouvant atteindre des hauteurs de plus
de 3 m et des troncs de 10 cm de diam�tre, ont �t� fauch�s à partir
du 5 septembre 2004 à l�occasion des travaux d�entretien de la
lande command�s par la commune et avec les conseils avis�s de
l�Association du fort.
Cependant la bataille est loin d��tre
termin�e. Il faut surveiller les Baccharis fauch�s, renouveler
la coupe en raison des rejets et renouveler l�arrachage des futurs
plants issus de la banque de graines d�j� dans le sol (au minimum
2 passages par an). Un traitement chimique tr�s local va �tre
effectu� par l�Association du fort (ce traitement est d�conseiller
sur de grandes surfaces en raison de sa nocivit� pour l�environnement).
Et puis d�autres Baccharis non fauch�s
subsistent encore sur Hoedic, autour de la d�charge, à l�ouest
vers Vas Plat et enfi n autour du lagunage o� la Soci�t� d�am�nagement
urbain et rural (Saur) l�a utilis� comme plante d�ornement. On
y trouve une vingtaine d�arbustes de plus d�un m�tre de hauteur,
face aux vents dominants et qui ne demandent qu�� exp�dier leur
semence dans la lande fra�chement fauch�e et toute dispos�e à recevoir
de nouvelles graines.
Arnaud Le Nev� & �milie Moisdon
Vos réactions :
Photo : Baccharis halimifolia
Floraison, Hoedic, septembre 2004
Bibliographie succinte :
- AME LR/ARPE PACA, 2003 – Plantes envahissantes
de la région méditerranéenne.
- ANIOTSBÉHÈRE, J-C. date ? – Les Xénophytes
et invasives en Gironde.
- Bretagne Vivante – SEPNB, 2003 – Réserve
de Pen en Toul, gestion, suivis et accueil, 2003-
2006. Contrat Nature. Bretagne Vivante – SEPNB
/ Conseil régional de Bretagne. 15p.
- SINNASSAMY, J.M.
2001 – Baccharis halimifolia
L. Le séneçon en arbre ou Baccharisà feuilles d’Arroche. in MULLER, S., 2001 – Les
invasions biologiques causés par les plantes exotiques
sur le territoire français métropolitain.État des connaissances et propositions d’actions.
Ministère de l’Aménagement du Territoire
et de
l’Environnement.
22-oct-2004
En savoir plus
sur l'ophioglosse du Portugal :
L'ophioglosse du Portugal (Ophioglossum
lusitanicum) est une Pt�ridophyte, de m�me que l'iso�te �pineux (Isoetes histrix)
que nous avons �voqu� au printemps apr�s l'avoir retrouv� à Hoedic.
Bachelot de la Pylaie est le premier à la d�crire à Houat
en 1826 : "A la fin octobre, la petite ophioglosse du Portugal
sort de terre: ses petites feuilles rabattent bient�t sur le
sol, m�l�es dans une pelouse parmi laquelle on les distingue à peine.
Son �pi qui s'�l�ve un peu au-dessus r�pand des poussi�res reproductrices
en d�cembre. Au 10 f�vrier je n'en ai plus revu un seul sur la
presqu'île du B�niguet, à l'extr�mit� de laquelle la plante abonde,
dans les lieux d�couverts et battus par les vents : tout avait
disparu."
Depuis Bachelot de la Pylaie, cette
petite foug�re
tr�s discr�te n'a �t� signal�e que de rares fois à Houat et à Hoedic.
Elle n'a �t� retrouv�e que r�cemment à Houat par Gabriel Rivi�re
et Philippe Th�venin en 2000, puis par R�my Ragot en 2002.
Mais
la derni�re observation à Hoedic est celle de Vanden Verghen,
en 1965 ! Depuis elle n'a pas �t� vue. On lui conna�t une cousine,
l'ophioglosse vulgaire (Ophioglossum vulgatum), qui appara�t
au printemps dans la zone humide à l'ouest du champ des chevaux,
et qui n'est pas pr�sente à Houat. On ne peut cependant pas les
confondre, le milieu est diff�rent, la taille est sup�rieure
et elle appara�t quand l'ophioglosse du Portugal a d�j� disparue.
L'ophioglosse du Portugal est donc
une plante que l'on peut voir de l'automne au d�but du printemps. Elle pousse sur des pelouses
rases, tr�s humides en hiver et se dess�chant l'�t�. Elle devrait
d�j� �tre visible, puisque signal�e cette ann�e à Groix d�s la
fin septembre (R. Prellli). Selon la pr�cocit� des p�riodes de
s�cheresse, on peut la voir jusque courant f�vrier (Bachelot
de la Pylaie) ou mai (Rivi�re).
La chasse est donc ouverte...
mais pas facile !
Signalez-nous vos
d�couvertes sur Hoedic, mais
aussi sur Houat !
Photo de Benoît Bock, publiée
dans la Revue des Deux Îles en illustration de l'article
de Gabriel Rivière.