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Corpus des dates et inscriptions sur les édifices de Houat et d’Hoedic

De nombreuses dates et inscriptions anciennes sont visibles sur des constructions civiles, militaires ou religieuses des îles de Houat et d’Hoedic. Ce recensement en identifie 4 pour les deux îles, avec 20 à Houat et 14 à Hoedic (fig. 1). Il s’agit le plus souvent de gravures dans le granite, sur des façades ou sur des linteaux de porte.

Ces inscriptions sont surtout datées de la seconde moitié du XIXe siècle.

Le relevé du tableau en annexe montre que certaines décennies en sont particulièrement riches : les années 1850 à Houat (8 dates) et les années 1870 à Hoedic (6 dates).

1781Cette période est celle des grands chantiers sur les deux îles avec la construction par le Génie entre 184 et 185 du Fort d’Hoedic et du Fort de Houat avec les deux batteries du Béniguet et d’En Tal. C’est dans ces mêmes années que sont aussi construits à Hoedic le phare (1851), le sémaphore (1861), l’église Notre-Dame-La-Blanche (185) et qu’à Houat est agrandie l’église Saint-Gildas (1850-185). Ces grands chantiers ont contribué à une relative prospérité sur les deux îles et de nombreuses maisons ont été bâties jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Fortifications Louis-Philippe

Le projet de fortification des deux îles est adopté en 1846, suite à une décision de la Commission mixte de 1841. Les appels d’offre sont lancés en 1847 et les travaux débutent la même année. En 1855, les deux forts au centre des îles sont achevés et deux années plus tard, en 185, les batteries du Béniguet et d’En Tal complètent la défense de Houat.

1855Le corps de caserne du Fort de Houat a aujourd’hui disparu. Il a d’abord massivement servi de carrière pour la construction en 1915, par des prisonniers allemands, de la jetée de l’ancien port d’Er Beg. Puis les prélèvements de pierres ont continué jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle pour la construction de nombreuses maisons du village. Le Fort d’Hoedic a aussi servi de carrière pour des constructions mais à un moindre degré puisqu’il a survécu et qu’il est aujourd’hui propriété du Conservatoire du littoral qui le restaure (fig. 2-1).

Trois pierres gravées sont encore visibles dans l’enceinte du Fort de Houat et témoignent des phases de sa construction. L’année 1853 est inscrite à cheval sur les trois pierres constituant la voûte d’un passage souterrain dans le rempart est (fig. 2-2). Au pied de l’angle d’escarpe nord-est, l’année 1854 apparaît sur un gros bloc d’angle retourné à l’envers dans sa chute au fond des douves (fig. 2-3). Enfin la poudrière, dernière phase de la construction du fort, est datée de 1855 (fig. 2-4). Aucune inscription n’apparaît sur les batteries du Béniguet et d’En Tal.

Le Fort d’Hoedic porte une unique date, 1853, inscrite aux deux mêmes emplacements que sur le Fort de Houat, d’une part sur la voûte du passage souterrain, sur le rempart est (fig. 2-2) et, d’autre part, au faîte de l’angle d’escarpe nord-ouest (fig. 2-3). Par contre, le parement de la poudrière, presque entièrement disparu, est dépourvu de date.

Les anciennes fortifications en ruine construites initialement par Vauban puis rebâties par le duc d’Aiguillon en 1758 pour être finalement détruites en 1796, ne comportent pas d’inscription connue. ni sur Houat, ni sur Hoedic. Il en est de même pour les batteries construites par la Marine à Hoedic en 1938.

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Édifices religieux

L’ancien presbytère de Houat est orné de quatre pierres gravées sur sa façade sud, témoin des différentes phases de sa construction depuis le XVIIIe siècle (fig. -1). La plus ancienne inscription est une date, 1787, qui correspond à l’année de construction de ce bâtiment par l’abbé Le Lorcy sur l’emplacement d’une ancienne écurie. Auparavant, les prêtres logeaient dans le Koh Castel, le vieux fort Vauban situé au-dessus de la plage de la Fontaine. Le nom de l’abbé Le Lorcy est gravé sur une autre pierre, avec un calice surmonté d’une hostie (symbole chrétien de la prêtrise) séparant les deux syllabes de son nom. À l’extrémité est du bâtiment, un linteau daté de 1810 témoigne de la construction par l’abbé Roussel, successeur de l’abbé Le Lorcy, d’une écurie attenante au presbytère. La quatrième pierre gravée correspond à l’agrandissement du presbytère par l’abbé Gouron en 1885.

Le presbytère d’Hoedic a été construit sous le recteur Glajan en 1821, il ne comporte aucune inscription. Les recteurs étaient auparavant hébergés dans une maison du Paluden. Il n’est pas exclu de penser que la pierre ornée d’une croix et datée de 1871 (fig. 6-8), incluse dans l’appentis d’une maison au Paluden, corresponde à la présence à cette date d’un édifice religieux dans ce hameau.

L’église Saint-Gildas de Houat a été construite dans sa première emprise en 1766. Entre 1840 et 1850, le recteur Le Capitaine la fit agrandir ainsi qu’en témoigne la date gravée sous un cadran solaire sur le transept de l’église. Quelques années plus tard, l’abbé Le Goff fit édifier le clocher ; la date de cette construction, 185, apparaît sur la clé de voûte de la porte d’entrée de la tour (fig. -2).

À Hoedic, la première église Notre-Dame-la-Blanche a été construite en 1728 et la sacristie actuelle est tout ce qui subsiste de cette première construction. Elle a été rebâtie en 1853 par les ouvriers du Fort. Aucune inscription ne permet de dater ces événements. L’ancienne « cantine » d’Hoedic, installée en 18 par le recteur Marion dans ce qui était l’oratoire des moines de l’abbaye de Saint-Gildas est par contre datée de 1861, sur une pierre gravée ornementant la façade (fig. -4). Il s’agit probablement de la date de sa reconstruction qui pourrait avoir bénéficié des travaux effectués pour le sémaphore dont la construction s’est achevée en 1861.

L’actuelle mairie de Houat était autrefois le couvent des sœurs de Kermaria (fig. -). La date, 1833, gravée sur le linteau de la fenêtre en façade nord semble être le vestige d’une construction antérieure au couvent des religieuses. Une autre pierre gravée témoigne de l’édification de ce couvent : elle est datée de 1864 et est accompagnée de la devise en latin « AEDIF. PAROCHUS PRO PUER. ET INF. » ce qui signifie « Édifié par le recteur pour les enfants et les malades ». Les deux premières sœurs de la congrégation des Filles de Jésus de Kermaria sont arrivées sur l’île en 1865 comme institutrices et pour le soin des malades. Le couvent des sœurs de Kermaria d’Hoedic, légèrement postérieur à celui de Houat, a été édifié sur l’emplacement d’une école construite en 1839 sous le recteur Rio et tenue par des religieuses de la congrégation des Filles du Saint-Esprit. Ce couvent (fig -5) était orné d’une inscription similaire à celle de Houat, datée de 1878, avec un texte légèrement différent, « PAROCHUS PROPUERIS ET INFIRMIS, AD GLORIAM DEI », mais avec la même signification « [Édifié par] le recteur pour les enfants et les malades, pour la gloire de Dieu ». Ces inscriptions surmontaient le portail à l’est du jardin clos du couvent avant que celui-ci ne soit ouvert pour l’aménagement du couvent en hébergements et commerces. Lors de la reconstruction, ces pierres gravées ont été posées au fronton de l’entrée de la nouvelle infirmerie.

Autres édifices publics

• Le sémaphore d’Hoedic (fig. 4-1)

Ce bâtiment construit en 1861 sera utilisé de 1865 à juin 1940. Le pignon sud est orné, à l’aboutissement des poutres du toit, de lettres de fer en relief formant la date 181. Le même type de lettre laisse apparaître les monogrammes MTH sur la façade ouest, TH sur l’angle interne de la façade nord et MH sur le même angle de la façade sud. Ce sigle MTH apparaît aussi sur les sémaphores de Belle-Île et de Groix 1. Mais nous ne connaissons pas leur signification.

• Le moulin du Koh Castel à Houat (fig. 4-2)

L’inscription très altérée sur le linteau de la porte ne permet guère plus que de deviner une date : 1831 (ou 1861 ?). L’autre moulin de Houat est non daté. Le moulin d’Hoedic, construit en 18671, a été détruit en 1937 pour construire la route de Port Neuf.

• Puits et fontaines

Hoedic et Houat comportent de nombreux points d’eau, deux d’entre eux sont datés à Hoedic et un à Houat. La fontaine de l’Argol à Hoedic, datée de 1842 (fig. 4-4), a été construite sous le recteur Rio pour éviter les souillures de l’eau par le bétail. Par ailleurs le petit puits qui se trouve dans l’ouest du village, le puits Pesker, est daté sur son linteau de 1896 (fig. 4-3).

À Houat, la fontaine de la plage de la Fontaine, près du port Saint-Gildas, est surmontée d’une rosace avec la date 1933 et les initiales RC (fig. 4-5). Il s’agit de la date d’une restauration et non de l’installation de la fontaine.

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Maisons

La plus ancienne inscription – « 1669 IHS », le H surmonté d’une croix – sur une maison houataise n’est probablement pas originaire de l’île (fig. 5-1). Elle est gravée sur une pierre comportant trois motifs en relief et posée en linteau de fenêtre sur une maison rénovée en 1987. Ce monogramme est le sceau de la Compagnie de Jésus fondée en 1541. Bien que présente dans la maison avant sa reconstruction, cette belle pierre ne semble pas correspondre à une construction houataise ancienne et doit être d’importation plus ou moins récente ; aucune mention de la présence des Jésuites n’est notée dans les chroniques de l’île.

Les autres inscriptions anciennes s’échelonnent entre 1833 et 1889, avec un pic de quatre maisons datées de 1874 à Hoedic et de deux maisons datées de 1884 à Houat (fig. 5 et 6).

Sur deux maisons houataises les dates sont accompagnées d’initiales ; d’une part sur l’ancien bureau postal ayant appartenu à Marin Deschamps « M.D. 1884 » et d’autre part sur une maison attenante construite à la même époque « D. G. 1884 » (fig. 5-5,6). Ces maisons construites au XIXe siècle ont le plus souvent été rénovées au XXe siècle en préservant les pierres en linteau ou appliquées en façade. Il reste à Houat une vieille bâtisse inhabitée et non restaurée montrant sur le linteau de la porte une inscription sur un cartouche taillé en relief :1851 (fig. 5-3). Une autre de ces pierres datées a trouvé un nouvel usage et sert aujourd’hui de banc devant une maison (fig. 5-4). Beaucoup plus récem- ment, deux maisons houataises ont été datées, l’une de 1975 (pour la construction du chien-assis) et l’autre, dans un écusson peint, datée de 1995.

À Hoedic, une pierre gravée sur une mai- son du Paluden montre une date, 1871, surmontée d’une croix sur socle et d’une cupule (symbole d’hostie ?) (fig. 6-8). Cette pierre a été intégrée dans le mur d’un appentis récent mais provient d’une ruine qui était à cet endroit. S’agirait-il du vestige d’un ancien édifice religieux au Paluden ?

Une autre pierre sculptée mérite une attention particulière : un étonnant bla- son gravé sur un moellon de granite a été trouvé récemment (2007) sur l’estran de la rade du Port La Croix (fig. 6-10). Elle est apparue à la suite du retrait du sable sur l’estran occasionné par l’ouverture récente du petit quai. L’origine de cette pierre et la signification de ce blason restent encore mystérieuses. Quel édifice devait-il orner et sur quel site ? À Hoedic ou ailleurs ?

On peut enfin rattacher à ce corpus, bien qu’il ne s’agisse pas d’inscription sur un édifice, les deux croix gravées dans le socle granitique du Reven, petite éminence de granite qui se trouve au sud d’Hoedic en arrière de la dune du Beudgel (fig.7). On ignore la raison d’être de ces croix. Pendant un temps elles ont été associées à des croix de carrier, en relation avec l’ex- ploitation de granite. Consulté lors de son passage à Hoedic pour étudier les carrières littorales, Louis Chauris n’a pas connais- sance d’une tradition de croix ainsi asso- ciées au travail des carriers dans les car- rières bretonnes. Pour Emmanuel Mens, archéologue travaillant sur l’alignement du Douet, leurs bords peu usés laissent penser qu’elles ne sont pas très anciennes (moins de 200 ans).

 

Extrait d'un article de Christophe Pannetier et Gaspard Hatchiss, paru dans la Revue de Deux Îles n°5 -2008