Introduction : quelques plantes de valeur patrimoniale des îles de Houat et d’Hoedic

Depuis longtemps, les îles de Houat et d’Hoedic ont attiré, non seulement les touristes et les plaisanciers, mais aussi les naturalistes de toutes disciplines, notamment les ornithologues et les botanistes. À la suite de l’abbé Delalande qui avait commencé à inventorier la faune et la flore des deux îles vers la fin de la première moitié du XIXe siècle, des générations de botanistes sont venues étendre leurs recherches et leurs connaissances. Ils venaient non seulement de la région, mais aussi de divers coins de France ou même de l’étranger.
La flore de nos deux îles est riche de nombreuses espèces. On y dénombre en effet pas loin de 500 espèces spontanées, sans compter celles qui ont été introduites volontairement notamment pour l’agrément. Cela représente probablement un peu plus d’un tiers de la flore de tout le département du Morbihan, ce qui est considérable, eu égard à l’exiguïté du territoire de ces îles.

Leur position, au large de la côte sud de la Bretagne, la nature de leur substrat géologique (les dunes y sont étendues), confèrent un caractère méridional à cette flore, ce qui explique son attrait pour les naturalistes. Plusieurs espèces ne se trouvent en Bretagne que sur son littoral méridional, plus spécialement dans les îles, et certaines même uniquement à Houat et Hoedic, tel le fameux « lis » maritime. Certaines sont dites méditerranéennes-atlantiques, c’est-à-dire que l’essentiel de leur aire de répartition se trouve dans les régions de climat méditerranéen, avec un prolongement en direction de l’Atlantique.
L’objet de cette note est d’attirer l’attention sur quelques plantes qui font la réputation des îles aux yeux des botanistes. Certaines sont très rares ou en régression et donc menacées dans leur existence à plus ou moins long terme, notamment par la destruction des milieux qui les hébergent. Elles font l’objet de protection légale, soit à l’échelle régionale (Bretagne) pour 12 d’entre elles, soit à l’échelle nationale (6 espèces), ce qui en interdit toute cueillette ou toute récolte.
D’autres, non protégées légalement, sont tout aussi menacées, parfois même encore plus : elles ont fait l’objet d’un inventaire par le Conservatoire Botanique National de Brest qui a dressé une Liste Rouge des espèces végétales menacées. Outre les 18 espèces protégées, une bonne vingtaine d’entre elles sont présentes sur nos deux îles. Ce sont toutes ces plantes que l’on qualifie d’espèces de valeur patrimoniale. Qui dit « patrimoine » dit bien de valeur qui se transmet par héritage. Le patrimoine historique désigne les créations humaines (monuments, œuvres d’art…). Le patrimoine naturel comprend les paysages, les formations végétales et les plantes, les animaux, auxquels on accorde de la valeur en raison de leur beauté, de leur rareté ou de leur fragilité. Notre génération se doit de le transmettre aux générations suivantes, notamment par la préservation des milieux naturels les plus fragiles : dunes, pelouses du littoral, milieux humides…
Quelques-unes de ces espèces sont évoquées ci-après, présentées dans l’ordre alphabétique des noms scientifiques mais avec le nom français correspondant. Le nom scientifique est en latin, afin que, quelle que soit sa langue, chaque botaniste puisse donner le même nom à la même espèce. D’ailleurs, beaucoup de plantes, peu apparentes ou sans utilité connue pour les hommes, n’ont pas de nom dans la langue du pays. Les cartes de localisation en réseau U.T.M. ont été réalisées à partir des atlas floristiques préliminaires départementaux, publiés par le Conservatoire Botanique National de Brest, et de l'Atlas floristique de la Loire-Atlantique et de la Vendée. Ces plantes sont illustrées de photographies rassemblées dans la page suivante de cette note.
Puissent perdurer tous ces joyaux floristiques de nos îles pour le bonheur des naturalistes.
Extrait de l'article de Gabriel Rivière parue dans la Revue des Deux Îles n°1.
(56800 Ploermel, botaniste, correspondant du Conservatoire National Botanique de Brest, responsable de la cartographie floristique du Morbihan)



