Prisonniers allemands entre Houat et Quiberon

Prisonniers allemands entre Houat et Quiberon
Christian GOUEROU,
Ouest France Samedi 8novembre 2008.
 
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Un groupe de prisonniers allemands dans la campagne gourinoise en 1916 (photo collection C. Le Corre).


Le prisonnier de guerre vaut son pesant d'or alors que tous les hommes valides combattent sur le front. Les communes en redemandent. Les hommes sont à la guerre. À l'arrière, on manque de bras. Toutes les municipalités écrivent à la préfecture. Encore faut-il que le ministère de la Guerre soit d'accord. Que le préfet valide. Et que la commune qui emploie les prisonniers allemands puisse faire face aux frais et à l'intendance. Ainsi l'arrivée de 45 prisonniers sur l'île de Houat ne se fait pas sans mal.

Le 26 mars 1915, le préfet du Morbihan écrit à Louis Le Govic, ingénieur des ponts et chaussée (1). « Le conseil municipal de Houat a demandé que 40 prisonniers de guerre fussent mis à la disposition de la commune pour effectuer la démolition de l'ancien port dont les matériaux doivent être transportés à pied d'oeuvre pour la construction d'un port à Er-Bec. Le syndicat a promis à cet effet 4 000 francs qu'il s'est engagé à verser à la caisse municipale. » Le préfet précise que les prisonniers et la garde « avec l'assentiment de l'inspecteur d'académie et de l'institutrice » seraient logés dans les greniers de l'école mixte et les appartements de l'institutrice. Il demande à l'ingénieur son point de vue sur la conduite des travaux et de lui indiquer si le nombre de prisonniers demandé répond à l'importance du travail à entreprendre.

Louis Le Govic répond très vite. C'est lui qui a conseillé la municipalité. Il est en outre capable de chiffrer la dépense. « En supposant que chaque prisonnier de guerre coûte un franc et en tablant sur 20 jours de travail par mois (déduction faite des dimanches, fêtes et mauvais temps) la dépense mensuelle serait de 80 francs. » Grâce à un courrier de l'ingénieur en chef des ponts et chaussées au préfet, daté du 5 juillet 1915, non seulement on apprend que l'affaire a pris une bonne tournure, mais aussi que le langage du fonctionnaire ne s'embarrasse de politesse. Un Allemand en 1915, c'est un « boche ». « Je suis avisé par monsieur Le Govic qu'il a organisé son chantier de construction du môle d'Er Bec à Houat, le 2 juillet, après avoir transporté et installé 45 boches le 1er juillet. »
En 1916, on souhaite déplacer une partie des prisonniers vers Quiberon pour « la construction d'un môle à prolonger et d'un terre-plein à exécuter à Port-Maria ». L'armée a donné son accord le 17 octobre pour que 25 prisonniers du détachement de Houat viennent travailler à Quiberon. Une convention se négocie entre le conseil général et l'armée. En fait, Houat ne peut plus payer l'entretien de ces hommes. Ce même mois, le ministère de la Guerre intervient et remet les pendules à l'heure. Il fait savoir que « la commission extraparlementaire des prisonniers de guerre a décidé d'affecter exclusivement les prisonniers, soit aux chantiers agricoles, soit aux entreprises travaillant directement pour la défense nationale. » Le courrier du ministère est sans appel : « Il ne m'est pas possible de mettre des prisonniers de guerre à la disposition du service des ponts et chaussées du Morbihan. »

 (1) Sources Archives départementales du Morbihan.