La lettre de Melvan N°4
L’alignement du Douet
Cette année, le travail archéologique sur l’île d’Hoedic prend de l’ampleur. Au début de l’automne, une fouille programmée sur le site gaulois de Port Blanc, animée par Marie-Yvane Daire, du CNRS, s’ajoutera à la fouille de l’alignement du Douet.
Le travail de terrain effectué au Douet, près du port d’Argol, a débuté il y a maintenant deux ans. Pas moins de quatre campagnes ont été effectuées parl’équipe dirigée par Jean-Marc Large.Trois autres campagnes sont encore à venir mais d’ores et déjà les premiersrésultats sont importants pour la compréhension de la mise en place des alignements dans la région morbihannaise. L’alignement du Douet est formé de huit blocs reconnus, disposés sur une seule ligne d’axe sud-ouest/nord-est, le longd’une faille naturelle dans le granite. La période initiale de sa mise en œuvre est bien située puisque les témoins archéologiques ont permis de la caler dans la première moitié du 5e millénaire av. J.-C. (environ 4700 ans av. J.-C.). Ce sont les premiers agriculteurs-éleveursde la région, sans doute arrivant de l’es-tuaire de la Loire et se dirigeant vers le Golfe du Morbihan, qui ont installé des blocs en ligne pour des raisons qui nous échappent, certes, mais qui sont toutes du domaine du symbolique et non pasde l’utilitaire. Plusieurs dépôts intentionnels permettent en effet d’avancer cette hypothèse : une lame de hache polie au pied d’un des menhirs, un ensemble bien rangé de 14 galets naturels allongés, un galet piqueté avec un élément de céramique…
Les travaux de 2005 ont permis aussi d’aborder certains aspects de la mise en œuvre de cet alignement. Si certains blocs ont été choisis sur l’estran, sans doute pas très loin de l’actuel, malgré un niveau marin moyen un peu plus bas, d’autres ont été extraits du rocher à proximité. Des traces de feu ont été remarquéesà la base enfouie de certains blocs érigés et sur des blocs de granite isolés. Il est donc vraisemblable que les hommes du Néolithique ont utilisé le feu pour extraire certains blocs.
Ce qui apparaît aussi dans les fouilles actuelles, c’est que ce type d’alignement a été disposé à la limite de deux contextes naturels. Au nord-ouest, le secteur géographique est granitique. Le rocher affleure partout. Au sud-est, une vaste dépression,liée à une faille dans le granite, a été comblée naturellement par des sédiments sabloargileux. Cette dépression a toujours été connue comme source d’eau douce jaillissant au niveau de la falaise. De nos jours elle a été captée par le réseau d’eau.
L’alignement du Douet n’aurait donc pas une direction imposée par les astres mais par la topographie du terrain et, surtout, par la limite entre une zone en élévation rocheuse et une dépression naturelle, sans doute en eau douce à l’époque de sa mise en place. Plus tard, dans la deuxième moitié du 4e millénaire av. J.-C., l’alignementperdra sa vocation symbolique pour devenir la trame d’un mur en pierre sèche autour duquel des activités artisanales ont pu être repérées (débitage du silex côtiers, utilisation de galets biseautés…). Puis, la plupart des blocs érigés disparaîtront, noyés dans le sable dunaire…
Botanique
Complément à l'article paru dans la Revue des Deux Îles : Les Fougères de Houat et Hoedic et les plantes alliées.
La visite de plusieurs botanistes aux deux îles en mai 2005 a permis de préciser les points suivants. Une correction tout d’abord : la prêle qui se trouve dans le fossé du Fort est la prêle des champs(Equisetum arvense) et non la prêle des bourbiers (Equisetum fluviatile). Cette dernière existe pourtant à Hoedic ou à Houat. Peut-être faudrait-il la chercher du côté de l’étang du Paluden ? Par ailleurs, il existe une deuxième station d’ophioglosse commun (Ophioglossumvulgatum) déjà connue de certains naturalistes à l’extrémité occidentale de l’étang du Paluden. Enfin, une addition : Polystichum setiferum), une fougère proche de la fougère mâle, quiaime l’ombre et les sols peu acides : on en trouve quelques pieds au bord des fourrés de prunelliers proches du menhir d’Hoedic. (Gabriel Rivière)
SOUVENIRS D’HOEDIC
Lettre
de Rémi Verdeau (novembre 2004)
Après lecture (qui sera sûrement suivie d’une
re-lecture), je vous apporte toutes mes
félicitations quant au n° 1 de votre revue Hoedic –
Houat. Elle réveille en moi de vieux et bons
souvenirs, connaissant Hoedic, plus encore que
Houat (depuis 1959).
Son maire, Blanchet, son recteur d’alors, l’abbé
Thomas (Gâvrois depuisdes années), sa postière
Maryvonne Blanchet et bien sûr la famille
Carcanagues, le N.D. de Confort et son « capitaine
» Le Roux dont la femme tenait l’agence postale de
Houat), les frères Boleis venus équiper l’île en «
fée du logis », les vaches en pleine piste sablée
de la cantine et bien d’autres !
Pour en revenir aux Carcanagues, inhumés sous les
cailloux blancs du petit cimetière marin, je me
souviens des trois, le père, la mère et Jackie,
leur fille, correctrice chez Gallimard et d’une
indicible originalité. Dans cet hôtel des Cardinaux
régnaient aussi en maîtres Plutôt et Truffe, les
mascottes canines et un goéland apprivoisé appelé
Peter ou gentil Peter, selon les cas. Un jour, il
s’est envolé sur l’aile d’une quelconque tempête…
Tous ces braves cœurs ont été relayés dans leur
désarçonnante, mais combien riche hospitalité, par
les époux Monraison, que j’ai connus dans leur
hôtel ou dans leur maison du Paluden.
J’ai été bien des jours à Hoedic, y compris aux
cérémonies auxquelles participaient les hommes
chantant à tue-tête le « Rennais » (le grégorien
local) dans le chœur de l’église Saint-Goustan.
Après, il pourrait y avoir des libations au « Père
Benoît » ou au « Dom Grégoire » (des vins
typiquement locaux !) chez Christine Le Scoarnec.
Les sœurs tenaient coopérative épicière et réserve
de médicaments en dehors des venues du Dr Tacher
(Quiberon) en hélicoptère. Alfréda Blanchet avait
un enfant au petit séminaire et tenait boutique. Le
recteur Guilcher (après l’abbé Le Mouël, terrassé
par les plateaux de fruits de mer offerts par les
paroissiens, ignorants de son asthme chronique mais
excellemment bien intentionnés) faisait la navette
avec le tracteur de l’île, pendant que le brave
Carcanagues conduisait (sans permis, du reste
formalité inutile sur l’île) une Prairie Renault à
la rencontre de ses voyageurs et autres débarquant
du très peu confortable , non équipé d’anti-roulis.
J’en passe, et beaucoup(...) Et puis, il y a la
fameuse « Charte d’Hoedic », encore bien en
vigueur, du moins le souhaitais-je.
(...) En tout cas, je ronge mon frein dans
l’attente de revenir sur l’île à égaledistance
entre Piriac et Quiberon. Cela fait plus de vingt
ans que je n’y suis pas venu (la 1re fois,
l’électricité venait justed’être installée). (...)